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Elisabeth POLI
26 décembre 2021
Angelica Meschisi, la cuisine au corps et le voyage en tête.

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Angelica Meschisi, la cuisine au corps et le voyage en tête.

Lorsque nous avons rencontré Angelica Meschisi, par une chaude fin de journée du mois de mai, elle arrivait, à vélo, d’un après-midi de formation. Comme beaucoup de ses confrères, à l’arrêt forcé à cause du confinement Covid, son employeur l’avait invitée à des séquences de formation qu’elle trouvait nous disait-elle « drôles et stimulantes ». Ce jour-là, c’était tarte au citron. En riant, Angelica a raconté qu’une fois encore, elle avait quelque peu transgressé les règles du classicisme pour ajouter aux 5 éléments de base sa touche personnelle : du thym. Un ajout désapprouvé par le formateur mais qui remporta un franc succès à la dégustation par les autres participants ; « je suis Ratatouille » dit-elle dans un éclat de rire.

Ratatouille, elle semble l’être depuis longtemps, comme quand, encore enfant, elle s’est aperçu qu’elle pouvait transformer une sauce en soupe en y ajoutant de la Maïzena…

L’enfance et la jeunesse d’Angelica se sont passées au Vénézuéla, à Barquisimeto une grande ville de plus d’un million d’habitants au sud-ouest de Caracas. Née dans une famille italo-venezuélienne, il y a 36 ans, elle y a été élevée par une mère avocate et un père marchand de pneus dans un esprit de liberté et de fêtes propre aux pays tropicaux et fût habituée très tôt à prendre ses propres décisions et responsabilités.

Entre une mère, très occupée par son travail, peu motivée par la cuisine, et un père qu’elle décrit comme « basique en cuisine », elle s’impose dès l’âge de 5 ans en préparant dès le matin avant d’aller à l’école des salades de tomates assaisonnées d’origan de Sicile (et pas d’ailleurs) et de vinaigre balsamique et jusqu’à aujourd’hui elle déclinera sur la base de la « passata » (une sauce tomate italienne de production familiale préparée pour toute l’année comparable au « coulis » provençal) toutes sortes de variations qui lui serviront souvent de « fonds » pour accommoder parfois des restes dans l’esprit de ce qu’elle appelle « la cuisine d’avant », c’est-à-dire une cuisine où parce que l’on est nombreux, et pour réussir à alimenter tout le monde, on doit tout utiliser intégralement. Un souvenir aussi du temps de l’esclavage où les esclaves mangeaient les restes des « maîtres » en les accommodant dans des feuilles de banane plantin. C’est de cette culture qu’est issue et dont se revendique Angelica Meschisi.

« La cuisine c’est l’espace » dit-elle aussi et par là on entend bien le besoin de respiration qui la conduira à poursuivre des études loin des siens, loin d’une famille aimante et très présente, loin de parents qu’elle décrit comme des « mange-fleurs » selon une expression typiquement vénézuélienne pour parler de ceux qui ont adopté une alimentation respectueuse de la Nature et de l’environnement. On entend aussi une vision de la cuisine qui ne se réduit pas à quatre murs mais s’articule avec un extérieur, le potager familial ou poussent avocats, citrons, oranges... nourrissant ce petit monde de jus de fruits et de légumes frais et naturels.

C’est à Maracaïbo, que « pour bouger » Angelica s’en va poursuivre des études de journalisme dans le département « publicité et relations publiques » de l’université. Rapidement elle s’y remet à cuisiner pour tout le monde, c’est le retour de la passata et en grande quantité.

Durant 5 ans, Angelica ne fait pas que cuisiner pour ses amis de l’université, elle apprend aussi un métier. Elle est passionnée par le documentaire, elle s’intéresse en particulier au Catatumbo (un phénomène de foudre propre à cette région du Vénézuéla), qui demande comme la cuisine selon elle anticipation, organisation, travail par étapes…

Et quand au bout de 5 ans d’études, elle obtient son diplôme, elle a expérimenté beaucoup de choses et passé beaucoup de temps à regarder des documentaires culinaires argentins animés par Narda Lepes, son idole.

Narda Lepes est une cheffe argentine, qui a passé son enfance au Vénézuéla. Elle très connue dans toute l’Amérique Latine et au-delà au travers de son émission « El Gourmet » où elle développe, entre autres, comment faire avec ce que l’on trouve dans son frigo, ce qui séduit totalement Angelica, bien sûr.

Et quand au bout de 5 ans d’études, donc, Angelica obtient son diplôme, Hugo Chavez fera adopter par le Parlement Vénézuélien deux lois qui entendent limiter la liberté de la presse notamment sur internet. Elle n’ira pas à la cérémonie de remise des diplômes et demandera à ses parents que son cadeau de fin d’études soit un billet pour Buenos Aires, direction l’Argentine ! C’est le début d’une expérience de 4 ans.

Lorsqu’elle arrive en Argentine, la première intention d’Angelica est de s’inscrire pour préparer un MBA (une formation internationale de haut niveau) en organisation d’événementiels. Mais son niveau d’alors en anglais lui en barre la route et elle commence à regarder du côté des écoles de cuisine (elle est quand même dans le pays de Narda Lepes) et en trouve une qui comprend 3 mois de formation en organisation d’événementiels. C’est ce qui lui faut.

Apprenant beaucoup sur la cuisine, argentine spécialement, auprès des mères de ses nouveaux amis, elle se perfectionne peu à peu jusqu’au moment où à la suite d’une rencontre lors d’une fête elle fait la connaissance de son idole, Narda et finit par intégrer son équipe. Là aussi, elle va beaucoup apprendre dans un espace qui ouvre son imaginaire vers une cuisine colorée et fleurie mais reposant néanmoins sur une base simple de légumes courant, pomme de terre, courges…

Le temps passant, Angelica, se met à rêver de plus en plus d’Europe. Elle connaît la Sicile d’où la famille de son père est originaire, elle y a déjà passé du temps chez sa grand-mère, elle s’y sent comme chez elle et depuis l’âge de 16 ans elle possède la double nationalité vénézuélienne et italienne, mais ce sera l’Espagne, un pays qui partage sa langue et à partir duquel elle envisage d’en apprendre d’autres.

Après 2 mois plutôt festifs passés à Madrid, Angelica découvre sur la plateforme HelpX, qu’à Marseille l’association Yes We Camp recherche des bénévoles pour le site de l’Estaque un lieu d’accueil, d’hébergement et de restauration qu’elle a installé en bord de mer à l’Estaque en 2013 dans le cadre de Marseille capitale européenne de la culture.

Débarquée à l’Estaque, un soir d’été, voilà Angelica directement affectée au bar à salades du site, elle y restera 4 mois de septembre à décembre prenant rapidement de plus en plus de responsabilités jusqu’à devenir cheffe des bénévoles.

Avec Yes We Camp, Angelica a tout « adoré » et encore beaucoup découvert : l’architecture, la construction, de nouvelles cuisines et surtout les langues sans perdre de vue son objectif initial Berlin pour y apprendre l’Allemand et pour la ville.

Mais 2013 se termine, il faut aussi trouver un travail et payer un loyer, Angelica répond alors à l’offre d’un restaurant de sushis. Elle y restera 3 mois avant d’être licenciée et y apprendra le français auprès des autres employés vietnamiens du restaurant.

Commence alors pour Angelica un périple qui l’amènera à des allers retours entre Paris et Marseille et même Clermont Ferrand où elle participe à « Make Soup not War » un événement «gastro-culturel » où chaque soir des jeunes se réunissent et échangent autour de la préparation d’une soupe.

Dans la région parisienne, à Pantin avec le Théâtre du Fil de l’eau, puis à Aubervillers et à Paris même où elle aura l’opportunité de voir la création d’un restaurant, elle se perfectionne en français, fait de nombreuses connaissances et travaille beaucoup dans la proximité de Yes We Camp toujours.

De retour à Marseille, Angelica s’installe rue Thiers à côté du restaurant Le Cercle Rouge où elle ne tarde pas à interpeller le chef pour se faire embaucher en cuisine comme seconde.

Après quelques temps au Cercle Rouge, Angelica rejoint l’Ecomotive, en novembre 2014, un restaurant végétarien au pied des escaliers de la gare Saint Charles. D’abord comme remplaçante du chef, elle devient rapidement le chef en titre avec carte blanche pour développer son projet de carte.

Après 2 ans et demi d’un succès grandissant avec L’Ecomotive, Angelica retourne quelques temps en Amérique latine lors du décès de l’un de ses oncles puis de son père.

A son retour à Marseille, elle décide de partir en Finlande pour y apprendre le Finois, la langue la plus difficile au monde. La Finlande ne sera que le début d’un nouveau périple car après deux mois de séjour, Angelica enchaîne les voyages, Suède, Belgique, Danemark, la Californie et pour finir le Monténégro où elle découvre la cuisine à l’ail des ours, car jamais elle n’oublie d’apprendre de nouveaux usages et de découvrir de nouveaux produits, avant de revenir à Marseille pour répondre à la demande de Yes We Camp qui pour son « Bureau des Guides » souhaite mettre en route un food-truck.

Avec tout ça, Angelica a toujours le même projet en tête : ouvrir son propre lieu, développer son projet de restaurant bien à elle.

C’est l’opportunité qu’elle aura avec l’ouverture par Yes We Camp de Coco Velten, pour y créer un restaurant vénézuélien qu’elle baptise Parchita, le fruit de la passion, qui ouvre en avril 2019.

Là, Angelica peut enfin développer « sa » cuisine entourée d’une équipe de passionnés dont la pâtissière avec laquelle elle mettra au point l’un des succès du restaurant, les pancakes au fruit de la passion, « une tuerie » dit-elle !!!

Et ça part fort, très fort, avec un premier événement très médiatisé en présence d’Edouard Philippe alors Premier Ministre, mais ça retombe… Le Covid et son cortège d’impossibilités nuit gravement à la plupart des restaurants et en particulier à ceux qui sont en plein démarrage ; le projet doit s’interrompre et Angelica rejoint alors le groupe « Longchamp Palace » pour travailler un moment à l’Ebénisterie un restaurant non loin de la place Castellane où elle attend des jours meilleurs pour relancer sa propre aventure.

Depuis de nouveaux projets ont germé dans la tête d’Angelica , de nouvelles aventures se profilent. Ce sera peut-être aux Canaries ou ailleurs... nous vous donnerons de ses nouvelles.

« Faire découvrir, c’est aussi ma propre découverte » conclut provisoirement Angelica qui n’a cessé depuis bientôt 15 ans de parcourir le monde pour rencontrer, intégrer, inventer. Pour celle qui aime la cuisine « car on ne peut pas y être seul », l’avenir consistera toujours à développer, à chercher où, comment et avec qui elle pourra continuer à inventer et faire des « trucs inattendus ».

Bonne route Angelica !!!

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